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De couch potatoe à championne de boxe

Stéphanie Hamel remporte le Championnat canadien senior

André Desroches par André Desroches
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Article mis en ligne le 8 novembre 2007 à 14:55
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De couch potatoe à championne de boxe
La boxeuse Stéphanie Hamel, détentrice du titre de championne canadienne senior chez les 46 kilos. (Photo: Jacques Pharand)
De couch potatoe à championne de boxe
Stéphanie Hamel remporte le Championnat canadien senior
«À l'école secondaire, je n'assistais pas au cours d'éducation physique», confesse Stéphanie Hamel. «Je ne portais même pas de running shoes. Je trouvais que ça ne faisait pas de beaux pieds…» Si vous lui aviez dit, il y a quatre ans, qu'elle remporterait un jour le championnat canadien de boxe senior, elle ne vous aurait pas expédié dans les câbles avec un solide crochet du gauche – pas encore –, mais elle aurait sûrement ri un bon coup.
Le gymnase du club Hard Knox, rue Jeanne-Mance, dans Parc-Extension. Devant le miroir qui fait toute la largeur d'un mur, une petite silhouette saute à la corde.

Woooosh ! Woooosh ! Wooosh !

Le rythme est rapide.

Le corps est menu. On croirait une fillette.

Concentrée, le regard qui fixe droit devant elle, ses longs cheveux ramassés sous un bonnet de laine, Stéphanie Hamel s'entraîne.

On sent la boxeuse de 31 ans gonflée à bloc. Et pour cause. Le 27 janvier, elle est repartie de Saint-Hyacinthe avec en poche le titre de championne canadienne senior chez les 46 kilos.

– «Elle mange trop de chocolat», lance avec une moue blagueuse son entraîneur, Herby Whyne.

Sa protégée est mince comme un fil. Elle trimbale tout juste 101 livres. Pas une once de graisse. Machine parfaite.

– «C'est vrai, ne cache pas la résidante de Villeray. Du Laura Secord. Ça donne de l'énergie. Pour compenser, on ajoute une couple de sprints !»
Du divan au gym
Quand on lui demande de reculer le ruban, Stéphanie Hamel vous raconte comment, il y a quatre ans, elle est passée du divan au gym.
Elle ne faisait quand même pas 200 kilos, loin de là. Un petit modèle filiforme depuis toujours. «Mais je n'étais pas en forme», relate-t-elle. «Je regardais beaucoup la télé. Je ne pouvais pas courir deux minutes. Je fumais, je mangeais du McDo deux fois par semaine. J'étais une couch potatoe

Elle opte pour le kick boxing. Pour la mise en forme, simplement.

«Je n'avais jamais pratiqué d'autres sports. Je ne sais même pas nager.», dit-elle.

Un jour, Herby Whyne l'a vue débarquer au gym. «J'ai essayé une classe, se souvient Stéphanie. Au bout de deux minutes, j'étais en train de mourir !»

C'est au bout d'un an et demi, attirée par l'idée de livrer des combats, qu'elle a bifurqué vers la boxe olympique.

«J'ai toujours aimé la boxe», dit-elle, confiant que c'est son frère aîné, un passionné, qui l'a amenée à ce sport. «Ce n'est pas seulement deux personnes qui se battent. C'est un sport complet…» Elle fait une pause. «C'est un art.»

Et la voilà qui apprivoise jabs, crochets et uppercuts sous la direction d'Herby Whyne.

À un moment, trois championnes canadiennes s'entraînaient à ce gymnase, mentionne Stéphanie. «C'était inspirant.»

Inspirant en effet. En avril 2005, après quelques combats locaux, elle se rend à Québec pour participer aux Gants d'argent. Une classique réservée aux boxeurs qui ont moins de dix combats à leur actif.

Elle remporte son premier affrontement… en dépit d'une épaule disloquée. «Elle n'était pas vraiment disloquée. Elle était seulement sortie. Je l'ai rentrée», explique-t-elle le plus naturellement du monde. «J'ai gagné malgré tout.» Le lendemain, elle répète le scénario. «J'ai gagné mon second combat 35-18, en me battant avec un seul bras.»

C'est son idole Arturo Gatti qui aurait été fier d'elle, lui qui n'a jamais hésité à poursuivre un combat malgré une main cassée. «Si Arturo est capable, je suis capable», se disait Stéphanie.

Pause de six mois dans les combats en raison de la blessure. Mais pas de répit pour l'entraînement. «Je continuais à m'entraîner. Je pratiquais mon jeu de pieds, ma gauche.»

«C'est une fille très déterminée, souffle Herby Whyne. Elle s'entraîne six jours par semaine.»

Jogging le matin, session en gymnase le soir, «je m'entraîne de douze à quinze heures par semaine», calcule Stéphanie. «Si je pouvais en faire plus, j'en ferais plus. Mais il faut bien travailler…»

«À un moment donné, ça devient une drogue, dit-elle. Cet entraînement, tu ne peux plus t'en passer.»

En novembre dernier, décidée à tenter sa chance au championnat canadien, elle s'est rendue à Saguenay pour les qualifications. Une victoire lors de son deuxième combat lui procure le précieux laissez-passer pour le grand rendez-vous du 27 janvier.

Lors de la finale, face à elle sur le ring, l'ontarienne Ali Mullins. La cloche sonne. Les boxeuses s'élancent pour les trois rondes réglementaires de deux minutes.

L'affrontement n'ira pas jusque là. Après la seconde ronde, l'arbitre met fin au combat. Stéphanie dominait déjà par le pointage de 28-10.

Les sacrifices, les heures passées à s'entraîner, la diète sévère, l'obligation de se coucher tôt le vendredi parce qu'on doit être au gym de bonne heure le samedi matin, la victoire vient tout effacer cela d'un coup. «Ça m'a procuré un satisfaction énorme», confie Stéphanie.

Cette victoire l'amène maintenant à tourner son regard vers les panaméricains, présentés cette année, et les championnats du monde, qui seront disputés en 2008.

Stéphanie Hamel est une battante. Elle en veut. Elle polit son style. «Je suis une personne qui fait les choses à fond, dit-elle. Je me dis, si tu fais quelque chose, fais-le bien. La boxe, c'est une priorité dans ma vie. Si quelque chose ne va pas, je le travaille.»

Elle travaille notamment sa grande force : la contre-attaque. «C'est une fille qui va attendre le bon moment pour porter un coup», note son entraîneur.

Ayant atteint le sommet au pays, il lui reste à inscrire son nom dans le livre de la boxe mondiale. Herby Whyne n'en doute pas. «Elle veut gagner sa place dans la boxe», dit-il. «C'est une petite fonceuse !»
Notre journaliste, André Desroches, a remporté, grâce à cet article, le troisième prix de journalisme en loisir du Conseil québécois du loisir, dans la catégorie Hebdos locaux et régionaux, lors de la remise officielle des prix et bourses, le mercredi 7 novembre 2007.

(Photo: Jacques Pharand)

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