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Chercher le trésor

La quête des parents biologiques est une course à obstacles

Carole le Hirez par Carole le Hirez
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Article mis en ligne le 10 avril 2007 à 12:17
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Chercher le trésor
Reine Landry a été une des premières filles-mères au Québec à oser sortir de l'ombre, entraînant beaucoup d'autres femmes dans son sillage. (Photo: Jacques Pharand)
Chercher le trésor
La quête des parents biologiques est une course à obstacles
Près de 14 000 personnes au Québec sont à la recherche d'un parent selon le Mouvement Retrouvailles. Dans près de 30 % cas, la démarche aboutit. Pour les autres, une véritable chape de plomb continue à recouvrir leurs origines. Ouvrir l'accès complet aux dossiers ? Le groupe de travail créé pour réviser le régime d'adoption québécois se penche sur la question.
«C'est une démarche qui relève de la quête d'identité. Même si on a été élevé de façon merveilleuse par ses parents adoptifs, il y a toujours un morceau qui manque au casse-tête», déclare Caroline Fortin, présidente du Mouvement Retrouvailles.

Caroline Fortin a retrouvé sa mère biologique en 1996, après seulement trois mois de recherche. Elle s'estime chanceuse. Souvent, les démarches durent des années, quand elles aboutissent.

«Le plus difficile, c'est l'attente et l'inconnu. Je compare souvent cela à une chasse au trésor. Il y a un beau coffre quelque part, mais le contenu peut être magnifique ou décevant. Il ne faut donc pas avoir de trop grandes attentes. On peut tomber sur quelqu'un qui ne correspond pas à l'image que l'on s'en faisait. Et un refus est souvent vécu comme un deuxième rejet.»

Quand la quête est fructueuse, le moment des retrouvailles est toujours intense. «On se regarde dans le blanc des yeux, on se cherche des ressemblances», raconte Mme Fortin. Le danger: vouloir aller trop vite et rattraper le temps perdu. «Parfois, on voudrait que tout se passe en 15 minutes. Il faut y aller étape par étape et respecter les limites de l'autre personne.»
Se déculpabiliser
Reine Landry a fondé le Mouvement Retrouvailles en 1983 dans Villeray alors qu'elle était à la recherche de son fils biologique. Elle a publié une lettre dans un journal. Coup de chance, une amie de son fils l'a lue et a prévenu le jeune homme, au grand étonnement de ce dernier, puisque ses parents adoptifs avaient toujours prétendu que sa mère était décédée.
Aujourd'hui l'organisme compte plus de 3 000 membres dans la région métropolitaine. Plusieurs d'entre eux se retrouvent chaque premier mardi du mois dans un local du quartier St-Michel lors de cafés-rencontres où l'on partage son expérience, ses espoirs et parfois ses déceptions.

Dans la majorité des cas, ce sont des enfants adoptés qui recherchent leurs parents naturels. Pour les mères sur les traces d'un enfant biologique, qui représentent environ 25 % des cas, la démarche est souvent empreinte d'une douleur supplémentaire, car beaucoup d'entre elles portent le poids d'une lourde culpabilité. «Elles partagent une même motivation: donner à leur enfant ce qui lui appartient: son identité. C'est aussi une démarche pour se redonner sa propre dignité», déclare Mme Landry.

Dans son livre Le cri de l'adopté, publié en 1997, elle lançait un véritable appel pour la reconnaissance du droit aux origines et à l'information. Elle y décrit les souffrances souvent endurées par ces femmes, souvent très jeunes, qui n'ont pas eu le choix, en raison de la pression sociale et familiale, d'abandonner leur enfant.

«On constate que beaucoup d'entre elles sont décédées prématurément à la suite du choc d'avoir dû laisser leur enfant. Elles ont développé des maladies liées à la douleur et à la souffrance comme le cancer ou encore l'arthrite rhumatoïde», souligne Mme Landry.

Ne pas savoir d'où l'on vient conduit à se poser des questions existentielles qui peuvent être douloureuses. Mais ne pas connaître ses antécédents génétiques a aussi d'autres impacts, notamment sur le plan de la santé. «Si l'on ne sait pas que l'on a été adopté, on peut être amené à fournir des renseignements erronés sur les antécédents médicaux de nos parents. Cela peut avoir des conséquences assez lourdes», souligne Mme Fortin.

Le Mouvement Retrouvailles souhaite donc que les personnes adoptées obtiennent un plus large accès aux informations les concernant. «Nous demandons l'ouverture des dossiers avec un droit de veto de contact pour le parent biologique, s'il ne souhaite pas entrer en relation avec son enfant. Par contre, si on localise l'un ou l'autre des parents, il faudrait que celui-ci ait l'obligation de transmette des informations médicales et sur son identité pour nous aider à savoir qui l'on est», indique la présidente.

L'organisme a porté cette demande devant le groupe de travail mis en place au printemps dernier par le ministère de la Justice du Québec en vue de réviser le régime actuel d'adoption, qui doit remettre ses recommandations au printemps.

«Au Québec, nous sommes à la traîne quant au droit des adoptés à connaître leur statut et leur identité», souligne Mme Landry, citant l'exemple de la Grande-Bretagne, dont la loi est beaucoup plus souple à cet égard, ou encore de l'Ontario, dont la nouvelle législation en matière d'adoption entrera en vigueur en septembre prochain.
Ressources
Mouvement Retrouvailles

www.mouvement-retrouvailles.qc.ca

Centre jeunesse de Montréal

www.centrejeunessedemontreal.qc.ca

Service adoption: 514 896-3155

Sites d'avis de recherche

recherchesretrouvailles.com

www.avis2recherche.com
Groupe de travail
En mai 2006, le gouvernement du Québec a créé un groupe de travail sur le régime québécois d'adoption. Ce dernier a pour mandat d'examiner le régime actuel à la lumière de la réalité sociale d'aujourd'hui et d'y proposer les adaptations appropriées. Il doit notamment réévaluer le caractère confidentiel de l'information en matière d'adoption, tant pour l'état civil que pour les dossiers judiciaires et administratifs, à différentes étapes du processus. Il recommandera le cas échéant des modifications au Code civil et autres lois pertinentes. Composé de sept membres des milieux de la justice et des services sociaux, il est présidé par Me Carmen Lavallée, professeur agrégée à la Faculté de droit de l'Université de Sherbrooke et spécialiste des questions d'adoption.

(Photo: Jacques Pharand)

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