L'inquiétude des citoyens était palpable dans la salle, à la suite des événements de Montréal-Nord.(Photo : Jacques Pharand)
« Les Villerois n'ont pas à s'inquiéter outre mesure » -Jean-François Charland, organisme Tamdem
Rencontre sur la sécurité
Ramon Ponce, coordonnateur du projet « Villeray dans l'Est » recevait mercredi dernier des citoyens du quartier afin de discuter sécurité avec des membres de l'organisme Tandem et une représentante du Service de police de la Ville de Montréal, soit Christine Cayouette, agente socio-communautaire au poste 31.
Lors de cette rencontre-causerie, une trentaine de résidants du secteur ont pu découvrir les réalisations récentes de Tandem, poser leurs questions aux intervenants et discuter de leurs inquiétudes à la suite des événements survenus à Montréal-Nord au cours des dernières semaines.
Forum social de Villeray
Il y a quelques mois, des dizaines de citoyens ont participé à une vaste consultation visant à circonscrire des problématiques à l'égard de la sécurité sous toutes ses formes dans le secteur. S'étendant sur plusieurs mois, la démarche du Forum social de Villeray a permis d'élaborer une douzaine de thèmes dont la sécurité routière, sur laquelle se sont penchés le Service de police et l'organisme Tandem. Leur collaboration a permis le ralentissement de la circulation automobile dans certains endroits ciblés par le biais d'activités policières spécifiques telles des opérations radar, en plus de l'ajout de dos d'ânes et de signaux numériques. « Nous avons deux policiers affectés uniquement à la circulation. Ceux-ci s'assurent en permanence du respect de la vitesse et de la signalisation. La plupart du temps, nous les envoyons à la suite de plaintes répétées de citoyens », a fait savoir l'agent Christine Cayouette. L'agente socio-communautaire a ensuite évoqué les projets prévus au cours des mois à venir, soit l'opération Rentrée scolaire, dès le 28 août, l'opération Pieds pesants, puis l'opération Son de cloche, auprès des aînés. Mentionnons que Mme Cayouette est spécialisée dans L'intervention auprès des groupes vulnérables, notamment les jeunes et les aînés. Cette dernière fait également de la prévention dans les écoles du secteur. « Il y a 19 écoles dans Villeray. Nous avons fait le tour pour constater les conditions aux abords des écoles. Le fait d'avoir pris le temps de visiter les lieux en groupe donne de meilleures suggestions par la suite », a ajouté Jean-François Charland, coordonnateur à l'organisme tandem.
Sensibilisation
Cherchant à améliorer les relations entre les jeunes et les aînés, les intervenants de Tandem ont opté pour l'éducation et la sensibilisation en collaboration avec les services policiers. « Nous avons instauré il y a 3 ans le projet Unité sans violence, pour lequel nous avons rencontré des jeunes de 5e et 6e année. Je peux dire que ces jeunes ont vieilli et quand je les croise, ils ne sont pas gênés de me saluer. C'est un grand pas en avant », a expliqué l'agent Cayouette, qui réalise aussi des « mises en boîte », soit qu'elle entre dans une classe où les jeunes décident de ce dont ils vont parler. « Ce sont eux qui posent les questions. Au début, je les sens méfiants, mais ils apprennent à me connaître et finissent par me faire confiance », a-t-elle ajouté.
« Nous allons bientôt émettre des Cartes de droits pour les jeunes, afin de leur faire connaître davantage leurs droits et devoirs. Souvent la violence monte en raison de l'ignorance. Les rapports avec les policiers devraient être plus aisés si les jeunes connaissent mieux leurs droits. L'outil sera remis dans des ateliers, et sera accessible aux parents. Le conflit des générations est assez important, et ce, pas que dans notre quartier. Si nous voulons améliorer notre image, comme il a été demandé part nombre d'entre vous au forum, il faut poser des gestes concrets et regarder la réalité en face. La réalité, c'est que les gangs de rue sont partout. Il y a aussi du trafic de stupéfiants. Si 43 % des jeunes affirment avoir déjà essayé de la drogue, vous pouvez être sûrs qu'il y avait quelqu'un pour leur en vendre, tout près », a affirmé M. Charland.
Situation stable
Bien que les actes violents liés aux gangs de rue fassent actuellement la manchette, notamment à l'égard du sentiment d'insécurité dans Montréal-Nord, la situation n'est pas alarmante dans Villeray, selon les intervenants de ce mercredi. « C'est sûr que les gens ont été marqués par ce qui s'est passé. Nous en entendons systématiquement parler lors de nos interventions. On nous dit « bon, c'est ça, tu vas me tirer », mais je ne connais aucun policier qui se lève le matin en se disant qu'il va utiliser son arme. C'est plutôt l'inverse! Il ne faut pas laisser le problème s'étendre dans tous les quartiers. Il faut poursuivre les discussions, les contacts », a déclaré l'agent Christine Cayouette. « Nous sommes chanceux dans Villeray car le quartier n'est associé à aucune couleur en particulier, contrairement à Montréal-Nord ou St-Michel. Mais il ne faut pas croire qu'il n'y a aucun gang de rue ici. L'ennui, c'est que les gens ont parfois peur des attroupements de jeunes, alors que les gangs de rue sont du genre à ne pas trop vouloir se faire remarquer…tout est une question de perception. Le sensationnalisme de certains médias n'aide pas non plus la cause! Notre travail est entre autres de démystifier le phénomène. C'est par des kiosques, des ateliers, les Cartes de droits, bref, de l'information, que nous allons améliorer la situation. C'est un plus gros travail de mettre en valeur ce qui va bien que de cibler le trouble! La lutte aux stupéfiants est un travail de communications, qui doit mettre en action les policiers, mais aussi les intervenants sociaux, communautaires et politiques. Personne ne pourra en venir à bout seul! Il doit y avoir des pressions politiques pour faire fermer certains établissements problématiques autour des écoles. Les activités de vente de stupéfiants dans le secteur se font principalement à ces endroits. À part la fusillade du 27 mai, au coin des rues De Nomandie et Villeray, on recense peu d'incidents majeurs en lien avec les gangs de rue. Il faut surtout combattre les clichés », a poursuivi Jean-François Chartrand. Son collègue de l'organisme Tandem, Ghassen Ben Khelifa a enfin précisé qu'il était toutefois important de surveiller les groupes émergents, soit des groupes de jeunes qui cherchent à attirer l'attention des gangs de rue et à se démarquer en posant des gestes violents. « Ce sont eux qui sont plus susceptibles de flâner dans les parcs, de faire de l'intimidation dans les écoles et du taxage », a-t-il déploré.
« On dénombre environ 800 à 1000 membres de gangs de rue en règle sur l'Île de Montréal. Il y en a très peu dans Villeray. La seule chose que l'on constate, c'est que l'âge des jeunes qui commettent des actes violents a diminué, passant de 15-16 ans à 12-13 ans. C'est tout de même préoccupant, c'est pourquoi il importe de continuer à faire de la prévention et de la sensibilisation dans les écoles », a conclu l'agente socio-communautaire Christine Cayouette.