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La course destination SAMADHAN

Article mis en ligne le 14 janvier 2008 à 13:00
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La course destination SAMADHAN
Un pneu crevé provoque un arrêt de 30 minutes lors du voyage vers Jessore.
La course destination SAMADHAN
Catapultés dans un autobus à destination de Jessore, nous ne regardons plus la route à travers le pare-brise fissuré. Les camions qui foncent droit sur nous ne nous effraient plus. Les coups de klaxon incessants semblent de plus en plus lointains. Serions-nous en train de nous adapter?
Quand soudain : POW! Nous sommes attaqués! L’assassinat de Benazzir Bhutto aurait donc des répercussions jusqu’ici. Nous aurions dû y penser. Un avion F-18 nous a atteints avec un missile.

En fait, l’un des pneus arrière de l’autobus a littéralement explosé. En éclatant, l’onde de choc a déglingué deux tôles de métal : l’une dans l’aile et l’autre sur le côté du transporteur. Ce morceau de métal fraîchement repeint au pinceau empêche l’autre roue de tourner. Sur l’accotement, nous observons, cois, les manoeuvres de réparation.

Au Bangladesh, on se soucie de l’environnement au point où on fait une guerre sans merci au gaspillage. C’est pourquoi on ne change pas un pneu avant qu’il ne soit réellement plus jamais de la vie utilisable en tant qu’item servant à rouler. Un coup d’oeil aux autres roues nous coupe l’envie de remonter dans le car. Ayant tous deux laissé notre carte de métro à Montréal, nous regagnons nos sièges.
Jessore? Keshabpur?
À Jessore, une analyse en profondeur de notre destination indique que nous sommes débarqués trop loin. Il faut revenir à mi-distance vers Keshabpur. Fudge. Un bon samaritain, nous aidera à trouver notre chemin jusqu’aux officines de l’ONG qui nous attend : SAMADHAN, « solution ».
La solution à quoi? À la vulnérabilité face aux changements climatiques. Initialisé par le Canada il y a quelques années, le projet Reducing Vulnerability to Climate Change est toujours en vigueur à l’échelle locale. Seul le coordinateur de « solution » parle correctement l’anglais. Nous ne le savons pas encore, mais Aljazeera Channel occupera nos soirées pendant de longues heures. Sous prétexte de dangerosité extérieure, on nous retient dans le bâtiment. Un brin surprotectrices, les ONG du Bangladesh.

Balade à l’air libre

Nos accompagnateurs sortent les motos : une Honda 80cc et un Bajaj, de marque indienne, de 120cc. Ici, même Singer, la compagnie connue pour ses machines à coudre, fabrique des motocyclettes. Avec de pareils engins, tout excès de vitesse est exclu. « Avez-vous des casques ?», demandons-nous par précaution. « Pas besoin. », répondent les conducteurs. Nous réussissons tout de même à en trouver. Faut-il spécifier que les attaches sont brisées?

C’est parti! Deux jours de paysages à couper le souffle. Deux journées complètes à parler avec les gens des inondations. À les questionner sur le « comment » l’eau affecte leur vie. Les aventuriers volent de village en village, d’upozilla en upozilla, d’une union à l’autre sur leurs motorisés. Les palmiers et les bambous forment par endroit des tunnels de végétaux que nous traversons à vive allure.

Au tournant d’un sentier, de la fumée s’échappe d’un fossé. Une soixantaine de personnes est entassée. Faute d’espace, cette cérémonie funèbre s’accomplit à un mètre de la route. On brûle le corps. C’est la tradition chez les hindous. Des cantiques bangalis se joignent à l’épaisse boucane avant de partir vers les cieux. « Inch Allah », sorte de « Grâce à Dieu ».
Échange culturel
À peine revenus des émotions procurées par le grand air, on nous convoque dans le bureau. Cinq ou six hommes nous attendent. Le mot Samadhan est inscrit sur le tableau blanc. Pour briser la glace, tous doivent mimer ce mot de huit lettres avec les mouvements de leur corps. Hein ? Dans quel genre de secte sommes-nous ? Pour ne pas déplaire, nous procédons.
Le directeur de l’ONG nous emmène souper chez lui. On nous invite ensuite à un échange culturel. Le coordinateur et traducteur, M. Khaleque, traduit les propos de l’épouse de notre hôte : « Si toutes les femmes portent des vêtements aussi serrés que les vôtres, comment font-elles pour allaiter ?» Ou encore, « Si toutes les femmes travaillent, qui s’occupe des enfants au Canada? » On part de loin.

Nous leur renvoyons parfois la pareille : « Pourquoi ce vernis à ongle Khaleque?, Vous êtes un travesti? » Ou bien « Regrettez-vous d’avoir abandonné vos études pour élever des marmots? » De courtoisie en courtoisie, nous finirons par revenir à « solution » où Aljazeera nous offre un dernier soir de divertissement à Keshabpur.
par Etienne Laberge et Claude Bouchard

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