Hassan Hassani et Guy Drudi, à quelques minutes de présenter leur mémoire devant la Commission Bouchard-Taylor.(Photo: Geneviève Allard)
Promouvoir l’accueil plutôt que la tolérance
La Maisonnée présente un mémoire à la Commission Bouchard-Taylor
C’est un message positif et ouvert que le service d’aide et de liaison la Maisonnée a livré aux commissaires Gérard Bouchard et Charles Taylor lors de la première journée montréalaise de présentation des mémoires de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodements reliées aux différences culturelles, ou plus simplement accommodements raisonnables.
D’entrée de jeu, Hassan Hassani, directeur de l’organisme rosemontois qui vise à faire de tout résidant un citoyen à part entière, et Guy Drudi, président et co-fondateur, ont mis l’accent sur l’importance de promouvoir l’accueil des immigrants plutôt que la tolérance.
C’est d’ailleurs une citation très à propos d’Alain Touraine, dans le journal Le Monde<@$p> du 29 janvier 1992, qui introduit le mémoire d’une dizaine de pages.
«Ne parler d’intégration que pour dire aux nouveaux venus qu’ils doivent prendre leur place dans la société telle qu’elle était avant eux est plus près de l’exclusion que d’une véritable intégration. Celle-ci n’existe que quand l’ensemble qui reçoit sait gérer sa propre transformation, comme une famille qui s’adapte à l’arrivée d’un nouvel enfant. Ce qui suppose qu’elle ait confiance en elle, en sa capacité d’adaptation, et qu’elle trouve positive l’arrivée du nouveau venu.»
«Nous voulons faire part du travail que nous faisons depuis 30 ans, a signifié le M. Drudi, quelques minutes avant de présenter son mémoire aux commissaires. Il faut souligner que l’immigration est enrichissante pour la société et mettre en évidence les avantages.»
La Maisonnée a aussi créé le terme «choc discriminatoire», un terme que Gérard Bouchard a demandé avec humour s’il pouvait l’utiliser.
Pour contrer ce «choc discriminatoire», l’organisme propose 15 points précis. Parmi ceux-ci, notons l’égalité d’accès aux services, à l’emploi et à l’éducation et l’assurance que les médias ne contribuent pas à la propagande haineuse et la stigmatisation des groupes minoritaires. La Maisonnée souhaite aussi que l’expertise des organismes communautaires qui travaillent à l’accueil et l’intégration à la société québécoise soit plus reconnue, tout en leur assurant un financement suffisant et récurrent. De plus, la Maisonnée désire que l’accès à l’emploi pour les personnes issues de l’immigration soit facilité, notamment par le financement à d’activités de jumelage et de mentorat dans les entreprises, un point qui a semblé intéresser particulièrement les commissaires Bouchard et Taylor.
Aussi, l’organisme à but non lucratif souhaite sensibiliser les employeurs, dont la fonction publique, sur l’importance de développer un bassin de recrutement des jeunes issus de l’immigration et des minorités pour des postes qui sont disponibles à la suite des départs à retraite des travailleurs actuellement en poste.
Enfin, le mémoire propose aussi d’instaurer, dès l’école primaire, un programme d’éducation interculturelle continue qui présente les valeurs et l’histoire du Québec ainsi que les enjeux de l’immigration.
Porteurs d’une image positive de l’immigration et de l’intégration, MM. Hassani et Drudi croient que la peur est ressentie chez les Québécois parce que «la peur est issue d’un sentiment construit autour de la méconnaissance de l’immigration et non de l’ignorance.»
«Il y a plus d’une origine culturelle à la société d’accueil. Le Québec est canadien-français mais il est aussi italien-canadien, juif, etc.», expliquent-t-ils.
La Maisonnée accorde en définitive une importance tangible à l’apport de la deuxième génération d’immigrants. «Les jeunes surveillent les conclusions de la Commission. La façon dont vont être accueillis leurs parents et leurs proches va déterminer leur intégration», ont signalé les deux hommes, en guise de conclusion.