Caroline Ha et Jessica Desjardins.
(Photo: Jacques Pharand)
Rentrer par la porte des grands
À Georges-Vanier, les nouveaux sont parrainés
Jessica Desjardins et Caroline Ha ont des souvenirs bien précis de leur première journée au secondaire, il y a quelques années. Du statut de «plus grandes de l'école», elles sont passées, en un été, à «plus petites d'une très grande école». Dans les longs corridors de l'école Georges-Vanier, tout leur paraissait plus grand qu'au primaire, autant les casiers, les classes et les pupitres que les autres élèves.
«Je ne comprenais pas les codes des locaux, ce qui fait que je me suis retrouvée dans le stationnement alors que je voulais me rendre dans mon cours d'art dramatique!», se souvient Jessica. Caroline, pour sa part, a eu bien des difficultés avec son casier. «Il était trop haut pour moi. Et en plus, je n'étais pas habituée aux cadenas à combinaison.»
Pour éviter un tel dépaysement aux nouveaux qui font leur entrée au secondaire cette année, ces deux jeunes femmes de quatrième secondaire se sont jointes à l'équipe de parrains mise sur pied par le centre Inafu. Ces 30 élèves de quatrième et cinquième secondaire ont accueilli les 269 arrivants du primaire mardi dernier lors d'une rentrée progressive, deux jours avant la rentrée officielle, afin de les aider à se familiariser avec leur nouvel environnement. «On a réussi à s'en sortir, mais ça aurait été plus facile si on avait eu des parrains!», résument Jessica et Caroline de concert.
Nouvellement débarqué de la petite école, Alexis est assis sur un banc du gymnase, attendant patiemment la photo de groupe. Nerveux au début de la journée, les parrains et marraines ont eu tôt fait de le mettre à l'aise. Et s'ils n'avaient pas été là? «Je me serais perdu dans l'école!», lance-t-il sans hésiter. «Ils m'ont dit que si j'ai besoin de quelque chose, je peux aller les voir.»
Plus qu'un guide, une oreille
En effet, si les parrains se mobilisent pour donner aux «p'tits bouts» des repères physiques, ils le font surtout pour leur fournir des repères humains.
Le passage du primaire au secondaire constitue une période de vulnérabilité pour les jeunes qui sont, par exemple, plus sujets au décrochage scolaire et plus susceptibles de tomber sous l'influence d'un gang de rue, explique Guy Tapin, directeur du centre Inafu, l'organisme chargé du projet de parrainage.
La Table de concertation jeunesse de Villeray–Petite-Patrie a constaté un manque dans le soutien apporté aux jeunes lors de cette période cruciale de leur vie. C'est pour pallier à cette carence qu'est né le parrainage en 2005.
«L'objectif est de sécuriser les jeunes, leur présenter quelqu'un à qui ils peuvent se confier s'ils en ressentent le besoin», poursuit M. Tapin.
Le rôle des parrains-marraines ne se limite pas à la visite guidée de la polyvalente. Durant les dix premières semaines de cours, chaque groupe-classe est invité à rencontrer ses mentors au moins un dîner par semaine pour que les jeunes puissent parler de leur intégration à leur nouveau milieu de vie et des difficultés qu'ils rencontrent.
«Par exemple, si une jeune fille a ses premières règles, elle peut venir me voir, je l'aide et ça reste entre elle et moi», illustre Caroline Ha. À cause de la proximité d'âge, les jeunes se sentent plus à l'aise auprès des parrains qu'auprès des intervenants, avec qui une rencontre nécessite une prise de rendez-vous.
«Je n'aime pas le titre de ''parrain'' et ''marraine''; on est plus comme des grands frères et des grandes sœurs», considère Jessica Desjardins. «On échange entre jeunes et ils peuvent ainsi apprendre des erreurs qu'on a faites à leur âge.»
En ce sens, la direction de l'école explique que le projet est une sorte de délégation des pouvoirs de l'école aux élèves assurant le parrainage. «Ça leur sert aussi aux parrains-marraines; ça les responsabilise», constate le directeur du centre Inafu.
Si les jeunes vivent des problèmes plus sérieux, leurs mentors les réfèrent alors aux intervenants qualifiés.
En plus des rencontres autour d'un sandwich, le centre Inafu encourage les parrains à organiser des activités. «D'année en année, on est plus près des besoins des nouveaux, se félicite M. Tapin. On fait du sport, entre autres. Les nouveaux élèves sont donc plus tentés de venir rencontrer leurs parrains et ils développent ainsi un sentiment d'appartenance à l'école.»
Les parrains et marraines auront droit à une fin de semaine de formation vers la fin du mois de septembre au centre Inafu à Saint-Esprit-de-Montcalm où ils pourront s'outiller autant dans l'intention de mieux aider les autres que de mieux s'aider soi-même en apprenant à se connaître.
Ressources externes
Au cours de cette journée de rentrée progressive des étudiants de première secondaire, certains organismes jeunesse du quartier Villeray sont venus rendre visite aux jeunes afin de se faire connaître.
Jeunesse 2000 a parlé de sa mission récréative, indiquant aux jeunes que plusieurs loisirs leur étaient offerts après les heures de cours et la fin de semaine. De son côté, Pact de rue a expliqué la mission d'intervention de ses travailleurs sociaux auprès des jeunes en difficulté.
(Photo: Jacques Pharand)